17 janvier 2017

La déportation homosexuelle

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(article publié le 19 avril 2011 – mise à jour le 25 avril 2011)

Les commémorations ont eu lieu le dernier dimanche d’avril. En France, les associations de lutte contre les discriminations et contre l’homophobie demandent chaque année aux organisateurs locaux de reconnaître la déportation homosexuelle au même titre que les autres déportations (juive, politique, tsiganes par exemple). De nombreuses associations d’anciens combattants et des municipalités refusent encore aujourd’hui d’accueillir dans les cérémonies les représentants gays et lesbiens au motif insultant que la déportation homosexuelle n’a jamais existé. Les associations reviennent chaque année à la charge pour faire reconnaître cette barbarie au même titre que les autres.

Il y a des municipalités qui invitent comme toute autre associations de déportés les associations LGBT comme à Rouen et à Caen.

triangleroseIl ne s’agit pas d’événements d’un « autre âge », il ne s’agit pas de dire « c’est du passé, c’est loin ». Il s’agit d’homophobie d’hier et d’aujourd’hui.

Comprendre ce que cela signifie :

Après la guerre, la très grande majorité des déportés homosexuels a disparu dans l’anonymat. L’absence de reconnaissance officielle de cette déportation spécifique, l’absence jusque dans les années soixante-dix d’un militantisme homosexuel constitué, le silence des intellectuels et le peu d’intérêt des chercheurs et des historiens pour “une question qui n’existe pas” ont longtemps occulté une réalité qui s’est peu à peu estompée dans la mémoire collective.

auschwitz-300x223Dans les camps nazis, les déportés homosexuels doivent porter un triangle rose, pointe tournée vers le bas, qui les identifie comme tels. La hiérarchie concentrationnaire les place au plus bas de l’échelle sociale des camps, ce qui ne leur permet guère d’entretenir des relations d’entraide avec les autres déportés et d’améliorer ainsi leurs chances de survie.

Qu’importe le chiffre, qu’il y ait eu 2000 déportés homos, 200 ou même un seul. La question doit être posée.

Notre génération lisant ses quelques lignes doit se sentir concernée.

Le simple fait de dire que la déportation homosexuelle n’a pas existé est un acte homophobe.

Le fichage des homos par la police française avait déjà commencé avant la seconde guerre mondiale. Pendant l’occupation, le gouvernement de Pétain a transmis volontairement ce fichier. Arrestations après arrestations, les homosexuel(le)s ont été déportés. Le gouvernement de Vichy a promulgué une loi interdisant tout rapport sexuel entre deux personnes de même sexe sous peine d’emprisonnement.

A la libération, le Général de De Gaulle a confirmé cette loi. En 1960, ce même gouvernement a renforcé les dispositions contre les rapports homosexuels. Il a fallu attendre 1981 avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir pour abolir ce délit d’homosexualité.

Les insultes et agressions homophobes ne sont pas anodins, l’histoire est liée. Renier ce qui s’est passé entre 1939 et 1945 c’est avaliser la législation contre les actes homosexuels, c’est rendre légitime l’homophobie.

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Reconnaître la déportation homosexuelle est un acte citoyen contre l’homophobie.

Pendant longtemps la communauté homosexuelle a été humiliée par de nombreux élus et associations de déportés, piétinant les fleurs et arrachant les rubans de la commémoration. Je me souviens des insultes et des crachats pendant la cérémonie. Des moments très durs. Aujourd’hui certaines autorités locales participent et reconnaissent la déportation homosexuelle même si, encore, des quolibets peuvent se produire par un certains public. Mais dans de nombreuses villes la déportation homosexuelle n’est toujours pas reconnue.

Ce n’est pas un combat d’arrière garde. Il est vrai que la déportation homosexuelle s’est passé il y a plus de 60 ans, mais les démons n’ont pas disparu : agression après agression, l’homophobie et la haine n’ont pas changé.

Se battre pour la reconnaissance de la déportation homosexuelle c’est se battre pour ces hommes et femmes victimes d’homophobie. C’est bien connu, si on n’a pas de passé, on n’a pas d’avenir.

Se battre pour la reconnaissance de la déportation homosexuelle c’est se battre pour l’avenir, contre l’homophobie d’aujourd’hui et de demain.

pierre-seel-deporte-homosexuel-150x150Plus d’infos :

En 1994, un déporté français en raison de son homosexualité a décidé de raconter son histoire.amour_a_taire-150x150

Il s’appelait Pierre Seel. Il est décédé en novembre 2005.

Son témoignage est bouleversant.

Un livre à lire absolument : Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel.

voir également un téléfilm diffusé sur France 2 “un amour à taire”

Plus d’info : voir le site “devoir et mémoire” (ici)

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