10 décembre 2016

États Généraux LGBTI : la révolution est-elle en marche ?

erwann-leho(article publié le 1er novembre 2015)

Après le mariage pour tous, l’inconnu ? Le monde associatif, ses messages, ses militants sortent d’une drôle de période. Les discours, les affiches, sont-elles encore en cohérence avec la communauté gay, bi, lesbienne, trans… ? Ne sent-on pas une démotivation des troupes ? Et pourquoi ? L’alerte est donnée. Cette alerte a commencé en octobre 2014 dans l’hebdomadaire le Nouvel Observateur où deux militants, Erwann LeHô, militant au Centre LGBT Côte d’Azur, et Christine Nicolas, présidente de Rainbow Brest, ont sonné l’alarme et appellent à la mobilisation. Cet appel a été entendu. Un espoir est lancé. En novembre 2015 sont convoqués les premiers Etats Généraux de l’histoire LGBT en France à Avignon. Deux cents personnes sont attendues. Rencontre avec Erwann LeHô, co-porteur du Manifeste LGBT et des Etats Généraux LGBTI. La Révolution est-elle en marche ?

 

GAYVIKING : Quand on évoque les Etats Généraux, on se réfère à 1788/1789… juste avant la révolution. C’est souvent synonyme de problèmes à résoudre. Le monde associatif LGBT est-il si mal en point ?

Erwann LeHô : La communauté LGBTI est en pleine transformation. L’ouverture du mariage et de l’adoption a constitué un but atteint, il y a un avant et un après. Dans les associations, des forces vives sont parties, d’autres sont arrivées. On assiste à une recomposition de la hiérarchisation des revendications LGBT : que doit on porter en priorité désormais, et comment, et avec qui ? C’est un débat, parfois tendu. Têtu a disparu, Yagg reste fragile : nos médias communautaires, si utiles à la visibilité de nos revendications, souffrent. C’est un symptôme de la très grande diversité de notre communauté, qui n’arrive pas toujours à se retrouver sur des combats communs. Il y a du chamboulement côté associatif aussi, avec de belles choses comme la naissance ou le développement d’associations et de Marches de Fiertés dans des petites villes ou des territoires ruraux qui n’ont jamais connu de vie LGBTI avant. Quant  des associations organisatrices de Pride se créent à Arras ou à Gap et réussissent à amener du monde, cela a un sens. La vie associative reste par ailleurs marquée par un manque pérenne de moyens  financiers et fonctionne avec très peu de salariés. Le monde LGBTI, en particulier la vie associative, n’est pas mal en point, il est en mutation. Il doit réussir sa transformation post-mariage, et le faire dans l’apaisement et en reconnaissant sa complète diversité.

etats-generaux-lgbtiAprès la colère,
place à l’offensive !

GAYVIKING : Comment vous est venu cette idée d’États Généraux LGBTI ? Pourquoi cette forme, il n’était pas possible d’avancer avec la fédération inter-lgbt ?

Erwann LeHô : Le 3 octobre 2014, nous avons publié grâce au Nouvel Observateur le Manifeste LGBT avec Christine Nicolas. Nous souhaitions ne pas laisser de fenêtre médiatique libre à la Manif pour Tous qui allait manifester massivement le lendemain à Paris et Bordeaux.

En tant que simples militant-e-s, nous voulions simplement rendre visible une initiative positive pour dire que les associations LGBTI sont là et bien là, qu’elles bossent, qu’elles sont implantées dans les régions, et qu’elles ont envie de mieux travailler ensemble pour mieux porter les revendications. Bref, qu’il y a de l’espoir et que devons inventer le militantisme post-mariage ! A l’époque, elles étaient une quarantaine d’associations à signer ce texte, aujourd’hui, elles sont une centaine. L’Inter LGBT et la Fédération LGBT ont signé le Manifeste LGBT. Par ce texte, nous posions des constats. Beaucoup d’associations et individuels ont souhaité ne pas en rester là et passer à la vitesse supérieure, et que nous cherchions ensemble des solutions. D’où l’idée d’organiser ces tous premiers Etats généraux LGBTI.

rainbow-assoGAYVIKING : Le « mariage pour tous » passé… les personnes gays ou lesbiennes semblent ne plus s’intéresser aux droits civiques des LGBT. On a l’impression que l’on glisse vers une période d’indifférence. Le militantisme n’intéresse plus ou son message n’est-il plus adapté ?

Erwann LeHô : Le manque d’engagement des personnes, c’est un marronnier qui revient souvent. Association, entreprise, parti, syndicat…toute organisation quelle qu’elle soit doit s’adapter continuellement  au contexte et aux enjeux si elle veut rester efficace et ne pas disparaitre. L’existence d’une association n’est pas une fin en soit, ce sont ses objectifs et la capacité à les atteindre qui justifient son existence à mon sens. L’environnement a changé, les organisations militantes doivent changer. A ce titre, elles doivent en effet toujours se questionner sur leur cœur de travail, leurs priorités, leurs modes d’action, leurs connexions aux réseaux locaux et leur façon de faire passer des messages aux LGBT non-engagés et au grand public.

Les organisations militantes
doivent changer

main-associationGAYVIKING : Savez-vous s’il existe ou à exister une crise associative LGBT dans d’autres pays occidentaux comme les Etats-Unis, l’Allemagne, ou le Royaume-Uni ? Vous-même, avez-vous déjà des idées pour faire progresser le mouvement associatif ?

Erwann LeHô : Tout mouvement a du et doit s’adapter aux enjeux.  Nous aurons des témoignages et des pistes sur la façon dont, notamment ailleurs en Europe, les mouvements LGBT se sont organisés pour faire face aux nouvelles vagues des conservateurs du type Manif Pour Tous.

Des idées ? Oui, j’en ai et je les apporterai au débat lors des Etats Généraux, tout comme chaque participant-e. J’ai surtout une volonté : que le mouvement s’apaise en son sein entre ses différentes composantes,  se rende compte de sa diversité réelle et trouve la volonté de mieux converger et se rassembler pour porter nos valeurs. Le mouvement LGBTI aujourd’hui est groggy , la façon dont il est structuré trouve ses limites. C’est simple : si nous ne trouvons pas ensemble de nouvelles façons de nous fédérer et de faire bloc efficacement quand il le faut, nos revendications n’avanceront plus.

etats-generaux-lgbti-avignonGAYVIKING : Combien d’associations ont répondues présentes et comment vont se dérouler ces trois journées ?

Erwann LeHô : Ces associations sont issues de la totalité des régions de France. Elles sont représentatives de toutes les facettes d’actions du mouvement LGBT français : la santé, l’accueil des jeunes, l’accompagnement contre les discriminations,  la convivialité et les loisirs, du culturel, les droits des trans, la vie en milieu professionnel…  La quasi-totalité des Centres LGBT, la quasi-totalité des associations organisatrices des pride et marches des fiertés, de grandes associations nationales comme l’APGL, Contact, Aides, le Refuge, les Enfants d’Arc en Ciel, le Mag-Jeunes LGBT… et surtout des dizaines d’associations locales, des plus anciennes au plus jeunes, des plus urbaines au plus rurales. Une centaine d’associations ont signé le Manifeste LGBT et plus de 200 personnes seront présentes.

Nous avons confié l’organisation logistique de ces Etats généraux LGBTI au Pôle LGBT Vaucluse, un dynamique collectif d’associations. Nous avons conclu des partenariats avec la Ville d’Avignon et avec Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, qui nous ouvrent  grands les portes de la mairie et de la FabricA, un prestigieux lieu de création artistique.

Le but est de faire dialoguer ensemble des militant-e-s de notre mouvement qui ne se rencontrent jamais et de partir des aspirations réelles du terrain. Les signataires nous ont fait parvenir cet été leurs contributions. Nous leur demandions ce qu’étaient leurs priorités, leur diagnostic de terrain, comment ils et elles voyaient le mouvement et comment celui-ci devait évoluer. Ces contributions constituent donc le reflet réel du quotidien du mouvement. Un comité de programmation représentatif des signataires a travaillé ces contributions et a mis au point le programme de ce week-end.  Le samedi, nous proposerons aux participant-e-s de former des groupes de 15 personnes et de construire à travers trois cessions : « états des lieux, d’où partons nous », « dans quel contexte nous situons nous » et enfin « besoins enjeux et valeurs ». Le dimanche sera consacré à la restitution et à la projection vers l’avenir.

Un besoin d’échange
de nos communautés

(militant-e-s de @AECToulouse en vue des Etats Généraux LGBTI. source : twitter @EGlgbti 26 oct).
(militant-e-s de @AECToulouse en vue des Etats Généraux LGBTI. source : twitter @EGlgbti 26 oct).

GAYVIKING : Avant ces états généraux à Avignon, vous avez organisé des rencontres inter-régionales. En quoi cela consiste et quelles premières conclusions en tirer ?

Erwann LeHô : Les signataires des villes de Strasbourg, Lille et Toulouse se sont en effet saisis de l’opportunité d’organiser des étapes régionales, pour préparer du contenu pour les Etats Généraux et aussi pour s’engager sur un travail de rapprochement à l’échelle régionale. Ils ont donné différentes formes à ces rencontres, tantôt en se donnant pour objectif de rédiger une plate-forme de revendications, sensibiliser plus de militants individuels ou encore de faire un état des lieux… Ces étapes viennent confirmer le besoins d’échange large des militants de nos communautés ! Les militant-e-s ont besoin de parler, de se rencontrer. Ces étapes démontrent aussi que les signataires se sont totalement appropriés la démarche et la philosophie  initiée par le Manifeste LGBT.

GAYVIKING : Finalement, que faudra t’il pour que ces Etats Généraux soient un succès ?

Erwann LeHô : Les Etats Généraux LGBTI sont les premiers de l’histoire du mouvement français. C’est la première fois que tant d’acteurs et d’organisations LGBT seront réunis dans le même lieu au même endroit comme je vous l’ai dit : cela constitue déjà un succès. Nous serions heureux-ses que chaque participant repartent enrichi, humainement, associativement, pleinement conscient de la diversité de l’état du mouvement et de sa responsabilité pour donner un nouveau souffle à ce mouvement LGBTI français.

GAYVIKING : Et après que va t’il se passer ? Quelles suites ?

Erwann LeHô : Il n’y a pas de baguette magique. Ce n’est pas un « one-shot » : tout ne peut se faire en un jour et le parcours menant aux Etats Généraux ainsi que les suivants seront tout aussi important que les jours J.  C’est la première fois que tant d’acteurs et d’organisations LGBT seront réunis dans le même lieu au même endroit. Beaucoup ne se connaissent pas. Notre mission est de leur proposer ce cadre propice et bienveillant pour les inviter à se projeter. Notre premier objectif est de faire se rencontrer les gens, les faire dialoguer, pour leur rappeler que le mouvement LGBTI est simplement ce qu’ils en feront ! Arrêtons d’attendre ! Chacun et chacune doit prendre sa part.

 

Pour suivre le sujet

Lien : site internet des Etats Généraux LGBTI (lien externe)
Lien : le Manifeste LGBTI publié en octobre 2014 – Nouvel Obs (lien externe)
Lien : compte Twitter des Etats Généraux LGBTI pour suivre en temps réel (lien externe)
Lien : compte Facebook des Etats Généraux LGBTI (lien externe)

(LGBTI : Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre, Intersexe)

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