11 décembre 2016

Fabien, 29 ans : « Je suis séropositif et j’ai peur »

illustration-homme-plage(article publié le 26 novembre 2015)

GAYVIKING a réalisé de nombreuses interviews depuis 13 ans sur beaucoup de sujets. Celle-ci, chargée en émotions, exprime l’autre facette des personnes séropositives. Son prénom changé, nous l’appellerons Fabien. Il a 29 ans. Il est séropositif, il habite en Normandie. A la suite de la publication en septembre dernier de notre article sur les différentes formes de dépistages du Sida, Fabien nous a contacté pour témoigner, pour nous dire « que le sida n’est pas un simple rhume ». A la veille de la journée mondiale de lutte contre le sida, GAYVIKING publie son témoignage.

(attention des termes ou expressions peuvent heurtés)

GAYVIKING : Comment tout a commencé ?

Fabien : C’était il y a deux ans. J’ai fait un dépistage que je demande à mon toubib tous les ans. Et là, le choc. Je me souviendrais toujours de l’appel de la secrétaire de mon docteur pour me dire qu’il faut que je prenne rapidement rendez-vous avec lui suite à mes analyses de sang. J’étais paniqué. La sentence est vite tombée avec le résultat du laboratoire. J’étais devenu séropositif. Plombé. Pour moi, j’allais mourir et je pense toujours que je vais mourir plus tôt que prévu.
J’ai bêtement demandé au médecin combien de temps à vivre il me restait  ? Il ne m’a pas réellement répondu. Il m’a expliqué que l’on pouvait vivre normalement avec le virus aujourd’hui. Mais je peux dire que ce n’est pas vraiment vrai. On ne vit pas normalement. On y pense tout le temps.

film-cruisingComment as-tu été contaminé ?

Fabien : Au début je ne comprenais pas. Je me disais que ce n’était pas possible. Et puis après avoir discuté avec les médecins et les infirmières, j’ai compris. Aucun mec n’avait éjaculé en moi. En fait, plusieurs fois les hommes que je rencontrais me pénétraient, sans capote. Ils me pénétraient rapidement le temps de deux-trois mouvements. C’était seulement ça, sans se finir. Je pensais qu’il n’y avait pas de risques car il n’y avait pas de contact avec leur sperme. Tous les mecs se retiraient bien avant l’éjaculation. En plus je voyais beaucoup de garçons le faire sans mettre de capote. Mais le risque était bien là. Dans un rapport sexuel, bien avant l’éjaculation finale, notre sexe émet souvent un liquide pré-séminal ou pré-cum. On dit que « l’on mouille« . Ce liquide, même en très petite quantité, est très contaminant. Il a suffit d’une fois, d’un mouvement, d’une goutte, pour que la contamination s’opère. Je ne pensais pas réellement à ce risque. Le désir était plus fort et j’ai fait une connerie. J’ai joué à la roulette russe et j’ai perdu.

GAYVIKING : Pourtant il y a des messages sur la prévention… 

Fabien : oui… mais on y pense pas. Et sur les messages de prévention, sur les affiches on voit toujours des mecs supers souriants alors que l’on en meurt encore. Je ne m’excuse en rien. Je sais que c’est de ma faute mais il ne faut pas croire que le Sida est un simple rhume que l’on peut guérir avec un petit comprimé. Je pense que des campagnes plus percutantes seraient utiles.

GAYVIKING : Tu as peur ?

Fabien : Énormément. Le virus est maintenant indétectable grâce aux traitements. Apparemment, j’ai eu de la chance de l’avoir rapidement. Mais dès que j’attrape un rhume, le virus peut ne plus devenir indétectable… j’ai toujours peur que cela empire sans prévenir, que je ne réagisse plus au traitement même si aujourd’hui cela se passe bien. La première année du traitement s’est très mal passée. Les effets secondaires des médicaments te paralysent. Tu n’as plus envie de rien, tu perds du poids. C’était très dur.

illustration-vih-psychologieGAYVIKING : Tu en as parlé à tes proches, parents, amis ?

Fabien : pour ma famille j’ai bien été obligé au début, car j’avais perdu un peu de poids, j’avais mauvaise mine et j’étais anxieux. Mes parents avaient déjà du mal à supporter le fait que je sois gay. Avec ma séropositivité, c’était comme un deuxième coming-out… mais mortel à leurs yeux. Ils me voient déjà mort avant eux. Ma mère pleurent à chaque fois qu’elle voit un sujet sur le sida à la télé. Ma soeur n’arrête pas de faire des dons au Sidaction. Par contre mes amis et au travail je ne le dis pas. J’ai peur que l’on me rejette. Dans le milieu gay, on est vite catalogué. Je me force à faire des rencontres mais le cœur n’y est pas. Je ne sais jamais quand le dire aux mecs que je rencontre. Je n’y arrive pas toujours.

GAYVIKING : Dans tes rencontres tu ne dis pas à tes partenaires que tu es séropositif ?

Fabien : Cela dépend. Si c’est pour un coup d’un soir, je ne dis rien tant que le virus est indétectable, mais on se protège systématiquement ou je ne fais pas grand chose. Si je sens que la relation peut aller plus loin, je le dis mais j’ai peur qu’ils ne veulent plus de moi… mais de toute façon, vu le peu de rencontres que je fais, ces situations sont rares…

GAYVIKING : Pourquoi en parler aujourd’hui et venir témoigner ?

Fabien : C’est la mort de Kevin (Kevin Gagneul, militant LGBT, mort du sida a 32 ans) qui m’a fait réalisé cet été que l’on devait rétablir la vérité dans l’esprit des gens : le sida tue encore . Plus tard, quand j’ai lu votre article sur le dépistage rapide, les auto-tests, je me suis dit que tout le monde commence à croire que le sida est un simple rhume. On croit que ça va passer mais non. Le sida vous tue à petit feu. Sans doute que j’avais également le besoin de l’exprimer en public et j’aime bien gayviking et ce que vous faites. Je veux que tout le monde sache que c’est une saloperie de merde ce virus et que l’on en meurt.

main-sidaGAYVIKING : As-tu contacté des associations ? Il y a l’association Aides et des associations gay qui peuvent t’aider à surmonter cette épreuve.

Fabien : Je sais, on m’en a parlé à l’hôpital mais je ne vois pas ce qu’ils peuvent faire de plus. Je respecte leur travail mais je n’arrive pas à passer la porte.

GAYVIKING : Comment vois-tu ton avenir ?

Fabien : Je ne sais pas encore. Je commence à peine à atterrir. Je veux continuer à travailler, avoir un petit copain mais j’ai peur de mourir avant lui et qu’il ait de la peine.

GAYVIKING : Un dernier mot ?

Fabien : Protégez-vous s’il vous plaît, la vie est belle et précieuse.

 

Note GAYVIKING : il n’est pas forcément judicieux de rester seul face à cette situation. Contactez une association d’écoute comme Aides par exemple (site web) ou une autre association gay qui pourra vous orienter. De même, en parler à un psychologue peut s’avérer utile (info ici). Chacun réagit différemment et sachez que de nombreuses autres personnes séropositives réagissent bien et cela ne les empêchent pas de vivre normalement et être en couple. Dans tous les cas, ne restez pas seul.

Pour approfondir le sujet

Lien : dépistage du sida, comment faire ? (article gayviking)
Lien : Sida, l’épidémie ne progresse pas (article gayviking)
Lien : association Aides, lutte contre le sida (lien externe
Lien : article psychologie magazine, vivre avec le vih-sida (lien externe)
Lien : soutenir la lutte contre le sida : Sidaction (lien externe)

(photos à titre d’illustration. Crédits Can-Stock-Photo – Film Cruising – Jupiter pschologie – DR)

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4 commentaires

  1. AlexisTOM

    ça prend aux trips ce truc.
    c’est vrai que l’on a toujour l’impression que le sida ne nous concerne pas
    courage

  2. Michel (via Facebook)

    On ne peut que dire à Fabien de faire confiance à la médecine qui avance à grands pas dans ce domaine. Il y a des groupes d’écoute pour aider à expulser ces peurs https://www.sida-info-service.org/?-Appeler-une-ligne- par exemple, mais tu l’as peut être déjà fréquenté? ou une autre adresse citée sur le site qui ne va pas culpabiliser mais au contraire redonnes espoir et remonter le moral. La vie n’est pas finie et tu peux trouver quelqu’un qui comprendra et sauras accepter cet état de fait. L’amour permet de faire abstraction de beaucoup de choses. Courage Fabien…

  3. Jln

    Je suis pas tout à fait d’accord avec tout se qu’il dit
    Faut pas faire de son cas une généralité
    Et pas forcément écouter tout les médecins
    Mais je comprend que ce n’est pas facile à vivre
    Courage pour lui quand même

  4. Boy

    Bonjour

    Cela fait 8 ans que j’ai ete plomber par qui je ne c’est pas mais c’est du a un rapport non proteger j’ai jouer et j’ai perdu .

    Je vie sur Montpellier et le VIH a changer ma vie pour le bien et pour le mauvais je suis quelqu’un qui affiche mon statut VIH charges virales indetectable dans les site de rencontres mais même si il y a des homophobes il y a pire les SEROPHOBES on en trouve même parmis les gay car du a mon statu positif j’ai du mal a faire ma vie car quand j’essaie de faire des rencontres j’entend les gens me repondre degage ta le sida c’est bien fait pour toi sale seropo tu vas crever c’est bien fait pour toi comment tu ose vouloir trouver un mec tu trouveras personnes tu crevera seul avec ton sida tu es tout maigre ca se voit que tu a le sida même si tu le disez pas on le verrais . Les gens ne me connaisse pas mais ils vont pas plus loin du a mon statut positif mais se qui se rende pas compte c’est qu’il faut mieux coucher avec quelqu’un qui te dit suis positif charge virale indetectable que de coucher avec quelqu’un dont tu c’est rien car c’est la que tu risque d’etre plomber et de te retrouver a ma place . Dans le positif cela ma apporter un rythme de vie plus sain et surtout je vie au jour le jour car je ne c’est pas de quoi seras fait demain .

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