La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle.

Article publié le 4 mai 2018

En dehors du Refuge, il n’y a pas d’association LGBT au Havre. Dans la première ville de Normandie (200.000 hab.) la création d’une association se remarque. Son nom : La Poudrière. Son crédo : queer, militante et culturelle.

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

La Poudrière a pour objectif de lancer une vie queer au Havre. Cette association est destinée en priorité aux personnes LGBTI. Néanmoins elle veut sortir des cases et combattre toutes les formes de discriminations.

L’idée originale est venue d’un groupe d’étudiant(e)s partant du constat de l’inexistence d’une vie LGBT au Havre et encore moins queer. Ils considèrent également le milieu LGBT comme classique, excessivement masculin, consumériste et oppressif que cela soit dans la façon de s’habiller, les remarques sur les kilos en trop ou l’approche prédatrice dans la séduction.

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

Mais queer, c’est quoi ?

C’est un mot anglais qui signifie « étrange », « peu commun », « bizarre ».
Initialement prononcé comme une insulte à l’encontre des homosexuels au 19ième siècle, ce terme est devenu, dans les années 90, l’étendard des identités non-conventionnelles au-delà des personnes LGBTI .

Le mouvement queer réaffirme aujourd’hui l’autodéfinition de son genre et de sa sexualité. Il n’adhère pas à la vision binaire du monde (homme/femme – homo/hétéro…). Le terme queer est en perpétuelle évolution face aux différentes discriminations : sexisme, jeunisme, âgisme, colonialisme…
Le féminisme et le rejet d’une société hétéronormée sont les piliers du mouvement queer.

Par ailleurs, le mouvement queer se distingue des organisations LGBT classiques car le mouvement queer refuse ses formes d’intégration jugées oppressantes.

Mais au-delà de ces combats, il y a une dimension culturelle à ce mouvement. A cet égard, la nouvelle association La Poudrière souhaite offrir des moments de convivialités : «Des moments où l’on se sente soi, sans excuses, ni justification » nous précise Camille. Elle ajoute : « Nous souhaitons aussi, offrir une pratique de vie LGBTI (Queer donc) artistique, culturelle, et militante. Politique mais non partisane. ».

L’association souhaite proposer des débats, un fanzine, développer des liens avec d’autres associations : « pour résumer, nous souhaitons développer une vie queer, safe et diverse, dont la pratique de vie intellectuelle et sociale sera consciente. ».

Pour en savoir plus, GAYVIKING a interrogé Al et Camille de l’association La Poudrière…

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

Interview

GAYVIKING : Vous définissez l’association comme Queer. Comment pouvez-vous définir cette notion de queer par rapport aux LGBT ?

Al et Camille : Tout d’abord, nous avons choisi cette notion de queer après de multiples débats internes sur la ligne directrice à donner à notre association. En effet, elle est plus englobante et correspond à la portée que nous voulions communiquer, c’est à dire intersectionnelle (personnes subissant simultanément plusieurs formes de discriminations). 

Nous sommes sensibles à toutes les discriminations présentes au sein de notre société qu’elles soient liées au genre, à l’orientation sexuelle, au racisme, sexisme, ou tout rejet de minorités.

Par ailleurs, le mot queer est à l’origine une réappropriation d’insulte, et c’est ce que nous voulons, nous réapproprier la ville du Havre pour développer une culture queer.

Le queer est plus militant, c’est aussi une pensée qui vise à une déconstruction de notre société hétéronormée et cisnormée. Nous souhaitons au travers de cette association et donc de cette pensée queer détruire les barrières de genre et de sexualité, ne pas se limiter aux lettres mentionnées dans LGBTI+.

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

Est-ce une association si différente des autres associations LGBT ?

Nous sommes différents des autres associations LGBT dans la mesure où nous avons également fait le choix d’être autogérés et de nous émanciper de toute gérance des pouvoirs publics au travers des fonds accordés habituellement.

L’autre différence majeure réside, comme je le précisai plus haut, dans notre intersectionnalité et de traiter de thématiques plus variées et plus engagées peut-être que dans les associations LGBT, dirons-nous, « classiques ».  

Quels sont vos objectifs et vos actions ?

Nous avons pour but de sensibiliser le Havre et sa population aux questions queer, de développer cette culture au travers d’événements de rencontre, de débat, de conférences. Nous souhaitons également diffuser des supports culturels et artistiques : fanzines, site… mais aussi créer des espaces safe, des soirées, des apéros en non-mixité et de rencontre pour toutes les personnes queer présentes au Havre. L’objet étant donc de proposer des échanges, de fournir une écoute aux personnes en difficulté sur ces thématiques.

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

Votre association se dénomme La Poudrière. Pourquoi ce nom ?

Le nom fut choisi pour ses multiples évocations, mettre le feu aux poudres (le nom de la soirée de lancement), se poudrer le nez, en référence au maquillage. Le côté explosif et plus léger des paillettes représente bien l’idée à transmettre au travers de notre association !

Combien êtes-vous de bénévoles sur cette association… et qu’avez-vous besoin aujourd’hui pour agir ?

Nous sommes entre 6 et 10 membres actifs et avons sans doute une dizaine de bénévoles si ce n’est plus! Nous avons besoin de temps essentiellement pour nous ancrer réellement dans la ville afin de lancer divers projets, qui, nous l’espérons, sauront rencontrer les
espérances des personnes qui nous soutiennent et celles à venir.

Avez-vous contacté les collectivités locales ou d’autres associations LGBT pour vous aider ?

Non pour les collectivités locales, comme précisé précédemment, nous souhaitons pouvoir arriver à nous auto-gérer. Sinon, nous avons pris contact avec AIDES qui sont intervenus durant notre soirée de lancement. Nous avons aussi pris contact avec une association rouennaise afin d’établir un échange dans l’avenir. Nous sommes ouverts à toute autre rencontre avec des associations proches de nos sensibilités.

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

D’un point de vue général, comment trouvez-vous la vie LGBT au Havre ?

Elle est inexistante! Les personnes queer n’ont aucune visibilité sur le Havre. Il existe seulement un bar gay au Havre mais il est surtout destiné à une population masculine.  

Quelles sont vos prochains rendez-vous ?

Nous avons commencé par la journée de lancement le 24 février, un succès.
Il n’est pas question de s’endormir après cette belle journée. Nous préférons cependant prendre notre temps pour organiser des événements/actions de qualité.

Notre première « Apéro Queer » a eu lieu le 19 avril au Camp Gourou, le but étant de se rencontrer, d’échanger et de danser ensuite sur le son d’un dj-set.

Nous souhaitons que ces apéros soient mensuels, constants et indépendants des événements ponctuels. Guettez donc vos écrans, pour découvrir le rendez-vous de Mai ! Aucun lieu fixe n’est figé. Nos déplacement vont de lieu en lieu, les liens se tissent ici où là. Nous mettrons en place un rendez-vous mensuel tout au long de l’année. Et nous avons par ailleurs en tête d’autres projets qui arriveront petit à petit.

La Poudrière : une nouvelle association queer au Havre, militante et culturelle

Un dernier mot à ajouter ?

Il est temps que la Poudrière trouve sa place sur le territoire Havrais. Les personnes queer doivent pouvoir trouver un espace qui leur ressemble. Elles doivent se sentir à l’aise dans des lieux qui leur sont/seront consacrés.

En savoir plus

Contactez l’association La Poudrière :

via son compte facebook
par e.mail

Sur le mouvement queer et + :

Queer-paris
festival loud and proud, c’est quoi être queer (magazine antidote 2017)
consentement, un truc de pédé

(photos : association La Poudrière)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *