22 septembre 2017

Rencontres vents et marées par Pierre-Véro Réshytto

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(article publié le 13 février 2012)

Rencontrer ou pas à l’Amour est LA question existentielle de notre vie. Se laisser porter, le rechercher, le croiser, le redouter, l’apprivoiser… Et quand on est homosexuel, la recherche peut paraître plus difficile encore. L’amour est-il vraiment partout ? A forcer de chercher sans trouver et après plusieurs gamelles, on pourrait en douter. Alors lisez le nouveau roman de Pierre-Véro Réshytto : « rencontres vents et marées » et vous constaterez que l’amour peut vous tomber dessus sans prévenir. Un livre où vous passerez du rire aux larmes et inversement. 14 histoires différentes où les situations ne vous laisseront pas insensibles. Un livre très bien écrit. L’amour est finalement bien caché dans un coin et surgit sans prévenir comme un cadeau…

Rencontre avec l’auteur, Pierre-Véro Réshytto qui a publié déjà d’autres livres sous son vrai nom et qui travaille actuellement sur le campus universitaire de Mont-Saint-Aignan dans l’agglomération de Rouen en Normandie…

pvr21Gaynormandie : Comment est né ce livre, a-t’il une histoire (ou plusieurs) lui aussi ?

Pierre-Véro : Ce livre est né de deux constatations et d’un bouleversement dans ma vie.

Depuis longtemps, j’avais remarqué que les unions gays profondes ou durables (ou les deux à la fois) étaient plus souvent le résultat de rencontres inopinées dans la vie de tous les jours que de la recherche délibérée d’un partenaire dans les lieux « spécialisés ». Bien sûr, je connais des couples qui se sont rencontrés dans des bars, des saunas, des petites annonces magazines ou toilesques, mais je suis convaincu que c’est une minorité. Et nombre de mes amis se lamentent de tout faire pour trouver leur âme sœur dans ces lieux du « milieu » sans y parvenir. Attention, qu’on ne se méprenne pas, je ne critique en rien les endroits dont je viens de parler ! Je les ai moi-même fréquentés très agréablement en d’autres temps.

D’autre part, fréquentant ce « milieu » gay par intermittence, je vis plus souvent avec des hétéros, amis, familles, collègues, qui, bien que nous acceptant sans aucun préjugé, se posent des questions et semblent penser que nous vivons l’amour d’une façon différente de la leur.

Alors que, bien sûr, les mécanismes sont les mêmes. Il n’y a pas plusieurs façons d’aimer, d’être attiré par quelqu’un lorsqu’il s’agit d’amour vrai et profond.
Ces deux considérations me turlupinaient depuis un moment, lorsque voici maintenant quelques années, en pleine déconfiture morale, j’ai rencontré, de manière tout à fait incongrue et contre ma propre volonté qui refusait toute nouvelle liaison, un jeune homme qui a bouleversé ma vie, et je me suis dit que le moment était arrivé de me mettre à la tâche et de faire savoir « comment ça marche ». J’ai donc eu l’idée de raconter des histoires, multiples et différentes les unes des autres, de la vie courante ou dans des circonstances extra-ordinaires pour montrer aux uns que tout peut arriver n’importe quand, n’importe où et à n’importe qui, que rien n’est jamais perdu, et aux autres que « ça » peut arriver dans tous les milieux et à tout le monde, même à eux, et même si on n’a pas de tendance affichée ou assumée.

Donner espoir…

couple-houseGaynormandie : Ce qui est rafraîchissant dans votre livre c’est la capacité de vos personnages à trouver l’amour dans n’importe quelle situation ou tout du moins que l’on ne penserait pas que cela soit possible. C’est un immense espoir pour ceux qui ne croient plus en l’amour ?

Pierre-Véro : Il me semble qu’on ne puisse pas, au plus profond de soi, ne plus croire en l’amour. On peut refuser de croire en l’amour. L’être humain, comme tout animal, a besoin de compagnie amoureuse. Ce qui nous différencie les uns des autres, c’est le degré ou la forme de ce besoin. Mais quelque part, tant qu’on n’a pas trouvé « l’autre », on le, ou la, cherche.
Oui, ce livre est là pour donner espoir à celles et ceux qui cherchent toujours. Je pense qu’il faut être attentif à ce qui se passe autour de soi à chaque instant, quoi qu’on fasse, où et avec qui on soit. Encore une fois, ça peut vous tomber dessus à tout moment.

couple2Gaynormandie : N’y aurait-il pas un fantasme de la part de l’écrivain dans quelque unes de ces rencontres ? Ne vous êtes-vous pas inspiré de scènes que vous auriez aimé vivre ?

Pierre-Véro : Ah ! C’est la question qui revient le plus souvent, évidemment. Ces histoires sont-elles réelles ? Ce n’est pas impossible ! Eh bien, il y en a de vraies, arrivées à moi ou à d’autres, d’inventées, et bien sûr de fantasmées… Je préfère laisser le lecteur rêver à ce qu’il aimerait qui soit vrai ou non. La magie d’un livre est de s’identifier à un personnage, de devenir le héros de l’histoire. De se prendre pour lui. Alors, quelle importance ce qui est vrai ou non ? L’important est de prendre son plaisir à lire. Cependant, je veux bien vous parler de certaines.

La rencontre du Bec-Hellouin est bien sûr vraie, puisque c’est la rencontre qui a déclenché la rédaction de ce livre. Et j’ai veillé à ce que du premier au dernier mot tout soit strictement fidèle à ce qui s’est passé. La légende chypriote est une légende, mais pourquoi cela ne se serait-il pas arrivé ? L’histoire avec le soldat russe est vraie, mais oui… ainsi que certaines autres. Permettez-moi de rester dans le flou et de vous faire, encore une fois, rêver ! Ce qui compte, c’est que tout ça soit plausible et qu’on se dise : c’est vrai, ça pourrait m’arriver un jour. Juste un dernier mot sur la première qui s’appelle Mise en bouche. En plus de l’histoire en elle-même, c’est un exercice de jeux de mots entre les termes se rapportant à la cuisine et à l’amour. Ça plait souvent beaucoup, et c’est vrai que l’écriture est différente du reste du livre. Je me suis beaucoup amusé à l’écrire, et, croyez-moi, ça a été un gros travail ! Pour les autres histoires, je laisse le mystère s’installer, opérer, et vous… fantasmer !

Homo, hétéro, le même Amour…

bar-rencontreGaynormandie : Les histoires de ces rencontres ne sont pas écrites sous le seau du militantisme, rien ne semble caché (ou presque) dans les situations de vos personnages. Finalement, il n’y a rien qui différencie l’amour homosexuel de l’amour hétérosexuel… ?

Pierre-Véro : Je suis heureux de vous l’entendre dire ! Comme dit plus haut, c’était l’un de mes buts en écrivant ce livre. Et je suis en passe d’être comblé, puisque les ventes depuis la parution en décembre dernier se font à peu près en parties égales entre homos et hétéros… Et il est autant présent en librairies « classiques » que dans les librairies gays. Signe que rien n’est perdu, et qu’en fin de compte, les hétéros ont peut-être envie de mieux nous comprendre ? Mon espoir est que ce livre circule entre les gens de tous bords, qu’on se l’offre et qu’il y ait un échange sur ce sujet de l’amour universel.

Ça m’amuse toujours, car la dernière histoire, très courte et un peu olé olé pour terminer, est celle qui plait le moins aux hétéros alors qu’elle fait bien rire les homos. Contiendrait-elle trop de vérités derrière l’humour ?

Ceci dit, je ne suis militant pour rien. Je ne fais et ne ferai sans doute jamais partie de rien. J’explique, c’est tout. La meilleure façon de se faire accepter est de vivre naturellement au milieu des gens, sans se cacher ni s’exhiber. Celles et ceux que cela ne gène pas, tant mieux, les autres, laissons-les s’éloigner et vivre dans leur obscurantisme.

J’ai beaucoup aimé la préface qu’a rédigée Armandine. Nous ne nous connaissons pas, je ne sais rien de sa sexualité, et son regard m’a beaucoup plu. On a juste discuté un peu pour la raccourcir. Je la remercie encore.

couple-militaireGaynormandie : On ressent un grand travail de recherche dans votre livre. Le détail des rencontres et des contextes, loin d’être ennuyeux au contraire, est réellement présent. L’Histoire vous passionne ?

Pierre-Véro : Comme tout le monde, je m’intéresse à l’histoire, aux soubresauts successifs qui ont faits qu’on en soit là aujourd’hui. Et les postes que j’ai occupés et que j’occupe à l’université font que je baigne fréquemment dans ce domaine. Mais avant tout, je tiens dans tout ce que j’écris à ce que ça colle strictement aux événements, que ce soit placé face à la réalité telle qu’elle a existé. Pour certaines nouvelles, cela m’a demandé de réelles recherches documentaires en effet. Le plus bel exemple est celle qui se déroule en Allemagne en partie dans les années 20. C’est le texte le plus abouti, le plus long, celui dont je suis le plus fier. Je dois avouer que je l’ai écrit, après de longues recherches, d’une traite, et que je l’ai terminé dans un état de déprime extrême. J’ai eu l’impression que c’était ma plume qui m’entraînait dans cette histoire.

Mes méninges marchaient tous seuls. Ça arrive parfois quand on écrit, c’est très agréable, un peu déstabilisant. Pour l’histoire des cow-boys aussi, la documentation a été primordiale. Je ne pouvais pas refaire Brokback Mountain, évidemment, il fallait donc que je trouve autre chose pour illustrer le monde dur et éprouvant des fermiers et mineurs américains. Avec tout ce que j’ai amassé, j’aurais pu en faire 300 pages, mais j’aime la concentration des événements. Raconter une vie ou 5 minutes en quelques pages est un exercice fascinant. J’adore ça.

couple3Gaynormandie : Enfin une dernière question, peut-être piège ou difficile, comment définiriez-vous l’Amour ?

Pierre-Véro : Aïe aïe aïe ! C’est une bonne question, merci de me l’avoir posée, comme on dit ! L’amour, l’amour, euh… Ça peut être quoi, l’amour ?
En tous cas, pas un sentiment ! Étonnant, non ? Un sentiment, par définition, c’est une sensation abstraite, une vue de l’esprit. L’amitié, oui, c’est un sentiment. On la ressent dans son âme, l’attirance est spirituelle. L’amour, le vrai, le grand, le pur, se ressent tout autant dans le physique que dans le mental. C’est un état, oui. C’est être dans un état de besoin d’être près de l’autre, de se tenir dans son aura. De ne pas pouvoir se passer de ses gestes, de son odeur, de sa proximité. Et ça reste incompréhensible, incontrôlable. C’est beau et c’est bon, l’amour. Dur aussi parfois, il ne faut pas croire. Mais soyez rassuré, comme on dit, il y a toujours quelque part quelqu’un pour quelqu’un. Encore une fois, soyez attentif(ve) à ce qui vous entoure. Homo ou pas, garçon ou fille, il, ou elle, est là. Sachez l’attendre, et le, ou la, reconnaître…

Si vous avez tout lu, vous avez peut-être remarqué que ce livre est dédié à Gérard et Bill, ensemble depuis bientôt 60 ans ! Je les connais bien, et je les admire beaucoup. Leur amour se lit sur eux, et vivre ensemble depuis si longtemps, à San Francisco, où les tentations « courent les rues », ce n’est pas rien. Cela ne s’est pas fait tout seul, mais c’est beau, c’est fou ! Ça, c’est l’amour !

livre-pvrL’Editeur…

Le livre de Pierre-Véro Réshytto est publié par une petite maison d’édition de Rennes – « Les Editions de la rue nantaise »

Gaynormandie : Pourquoi avez-vous accepté de publier ces textes qui sont différents de votre ligne de publication habituelle ?

Cyrille Cléran : A cette question, j’aurais d’abord envie de répondre que je n’ai pas de ligne éditoriale ancrée spécifiquement dans un genre ou un modèle particuliers. Je reçois des textes généralement de qualité très honorable ; et pour certains d’entre eux, j’arrive à envisager que je peux, très modestement, leur apporter une réelle plus-value, dont l’auteur sera fier et qui lui permettra de progresser dans son œuvre, œuvre qui est souvent commencée bien avant leur rencontre avec les éditions de la rue nantaise et qui se poursuivra, je l’espère, très longtemps après.

Pour Pierre-Véro Réshytto, il a été pour ainsi dire coopté par un autre auteur des éditions de la rue nantaise, Stéphane Grangier, avec qui il a fait connaissance lors d’un salon littéraire à Tréguier, co-organisé par un autre auteur des éditions de la rue nantaise, Henri Le Bellec. Le courant étant passé entre eux, il est ensuite passé entre lui et moi. J’ai aimé ses textes, qui m’ont placé dans une situation inédite, lorsque je me suis mis à la place des héros de ses nouvelles. Sensation étrange, mais pas malsaine, voire salutaire, puisque cette lecture a changé mon regard sur l’homosexualité (terme que je n’aime pas trop, car il met excessivement la sexualité en avant) en m’apprenant que les couples gays étaient, avant toute autre chose, la concrétisation d’histoires d’amour, et pas seulement des aficionados de pratiques réprouvées par l’ordre et la morale. Lire avec empathie est un exercice qui accroît la compréhension du monde.

POUR ALLER PLUS LOIN…

Voir le site de l’Editeur et acquérir le livre (cliquez ici)
15 euros
(ISBN : 978-2-919265-09-1)

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7 commentaires

  1. Christophe Prat

    Ce livre, je l’ai adoré, il démontre de manière magistrale que l’amour, qu’il soit purement charnel ou teinté de sentiments n’a pas de sexe. Bravo à l’auteur et à l’éditeur. C’est un superbe recueil de nouvelles évoquant de très belles amours, en particulier (c’est mon avis) , les « cow boys » et le jeune « grec » et enfin la très très touchante « la rando » qui m’a vraiment ému.

    Un très grand bravo et un très grand merci pour ce livre, que j’ai suggéré à la bibliothèque de mon entreprise. Et je vous engage à faire de même.
    « L’attentat » m a fait éclater de rire pour la dernière phrase

    Christophe Prat

  2. C.

    A l’heure qu’il est, la Galerne doit être approvisionnée… ou en passe de l’être… Autrement, il y a la librairie Le Failler, à Rennes, près du vieux Parlement historique.

  3. Stéphane Grangier

    Mon cher Réshytto,
    Sache que j’ai déjà dévoré la première nouvelle de ton ouvrage avec grand plaisir (pour les papilles, les yeux et la tête) et que s’il n’y avait eu l’embarras de tous ces trucs et machins systématiquement  à faire chaque jour, je l’aurais déjà fini.
    Je m’y remets de ce pas, et avec grand plaisir car c’est une véritable petite merveille à découvrir que je conseille à tous et toutes.
    Bravo.
    Stéphane. 

  4. Martin

    @Réshytto: Oui, on s’est rencontré à Rando’s… il y a qq années. Bisous.

  5. Réshytto

    Bonjour, et merci Martin pour ton envie de lire les Rencontres !
    Es-tu le Martin que j’ai connu à Rando’s ?

    Mon pseudo est l’anagramme de mon vrai nom, et j’aime bien la dualité Pierre-Véro, image de nos doubles personnalités masculin/féminin à tous et toutes… Oui, Réshytto c’est un peu, enfin, c’est pas… Bon, c’est fait. Mais je t’assure que les textes valent beaucoup mieux que le nom de leur auteur ! Pourquoi changer de nom ? Pas pour me cacher, puisque ma photo et mon travail sont publiques maintenant (il y a aussi paraît-il un « écho » dans Paris-Normandie d’aujourd’hui Saint-Valentin, mais je ne l’ai pas vu…). C’est simplement parce que c’est une deuxième plume pour moi, différente de celle avec laquelle j’écris mes autres livres.

    La Galerne au Havre ? J’aime beaucoup cette librairie que je connais bien.
    Je les avais avisés de la parution de mon livre, mais sans doute ont-ils jugé que ce n’était pas intéressant ?
    Insiste pour qu’ils en prennent, et je vais les orienter vers ce reportage.
    Sinon, il est en vente à L’Armitière à Rouen, et dans les deux librairies phare de Paris, Violette and Co et Les Mots à la bouche.
    Et puis pour être servi à domicile, le site de mon éditeur comme le suggère le bon Fred…

    Amitiés,
    PYV…

  6. Martin

    Je salue le poète ! Franchement, ton pseudo, je le trouve bien ridicule. Mais je voudrais bien lire ton nouveau livre.

    Je suis allé à La Galerne (librairie importante au Havre) ce matin. Ton livre y est totalement inconnu (pour l’istant). Ils vont me recontacter après une recherche approfondie…

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