07 décembre 2016

Rouen : victime d’homophobie, il est licencié

homophobie-licencie-gayviking(article publié le 8 septembre 2015)

C’est une situation difficile à comprendre que l’on a découvert en août dernier dans le quotidien régional Paris-Normandie.

Guillaume encadrait huit gardiens d’immeuble chez Habitat 76, l’organisme HLM en Seine-Maritime. Guillaume est gay et il ne le cache pas. Dans son métier, qu’il affectionne, il a en charge des quartiers difficiles sur le sud de l’agglomération de Rouen.

Imposer cette homophobie à mon ami ?

Hélas, les journées de travail ne se passent pas toujours aussi bien qu’il aimerait. Des insultes notamment homophobes ont déjà été taguées sur sa voiture pendant ses heures de travail : « Bâtard« , « suceur de bites« , « PD« … En avril dernier, il n’a pas hésité à déposer une main courante au poste de police avec photos à l’appui. Au lieu de soutenir son employé, Habitat 76 oblige Guillaume à habiter dans les quartiers dont il a la charge.

Guillaume ne comprend pas. Face à ces actes homophobes, il déclare au journaliste qu’il n’est pas envisageable pour lui et son ami d’emménager dans ces conditions avec des insultes récurrentes même s’il aime son travail : « Vous m’imaginez imposer ça à mon ami !?« .

hlm-immeubleLicencié pour faute

Face à ce refus, fin mai l’organisme HLM licencie Guillaume pour ne pas avoir accepter d’intégrer un logement dédié sur son lieu de travail. Habitat 76 se retranche derrière le contrat de travail du salarié qui précise bien une clause obligatoire de résidence. Mais selon l’inspection du travail, que Guillaume avait contacté, cette clause serait illégale du fait que son travail peut naturellement être réalisé sans perturbation s’il habite ailleurs. Guillaume peut se rendre sur les lieux en moins de 15 minutes. De plus, la surveillance n’est pas dans sa fiche de poste mais dans celle des gardiens d’immeubles qu’il encadre. Enfin, la Cour Européenne considère que cette obligation revêt une atteinte à la vie privée du salarié.

Devoir de sécurité oublié

Contacté par le journaliste de Paris-Normandie, l’organisme HLM n’a pas souhaité répondre aux questions où des réponses, peut-être différentes, auraient pu éclaircir la situation. Habitat76 est un organisme public avec 800 employés. Au travers de son rapport annuel, le comportement d’Habitat76 contraste avec les valeurs affichées par l’organisme : « l’engagement solidaire et responsable d’Habitat76 …/… concilier vie privée et vie professionnelle ». On était en droit d’attendre plus de la part d’un organisme HLM où le Conseil d’Administration est notamment composé d’élus locaux.

logo-habitat-76Le comportement d’Habitat76 est difficile à comprendre, voir abusif. L’employeur a une obligation de sécurité vis-à-vis de ses salariés et le risque d’agression homophobe (verbale ou physique) en fait partie. Eu égard à la situation, un assouplissement aurait été la bienvenue. En effet, des dérogations existent. L’organisme HLM en a déjà accordé huit sur dix-huit demandes. Guillaume aurait pu en bénéficier… sans oublier que cette obligation forcée de logement prive une autre famille d’un appartement.

Soutenu par ses collègues de travail Guillaume a porté l’affaire devant les tribunaux des Prud’hommes pour licenciement abusif. L’affaire est toujours en cours.

En 2014, l’association SOS Homophobie a reçu 2.197 témoignages homophobes. 8% se sont produit sur le lieu de travail même si le plus souvent, les agressions homophobes étaient du fait de l’employeur ou des collègues de travail.

Plus d’infos…

Voir notre article « Urgence Homophobie : que faire ? »

HES-reponseMise à jour : 16 septembre 2015. L’association HES (Homosexualité et Socialisme) a réagi à cette situation par une lettre ouverte adressée au Président du Département de la Seine-Maritime, Pascal Martin (Les Républicains). Sous la plume d’Arnaud Hadrys d’HES (et membre suppléant au Département), l’association rappelle l’obligation de sécurité de l’employeur vis à vis de son salarié et la nécessité de lutter contre les discriminations « que l’on soit homosexuel, bisexuel, black, blanc, beur, handicapé,… nous avons tous le droit de travailler. » (cliquez sur l’image ci-contre pour lire la lettre ouvert d’HES). Le Président du Département n’a pas encore réagi.

(photos à titre d’illustration – source photo de la 1ière image : Matthieu Charneau pour la couverture les Inrocks)

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3 commentaires

  1. Frederic

    Facile d’attaquer cet employeur ou mon ami travaille depuis 7 ans son homosexualité est connue et jamais il n’a eu à subir la moindre allusion ou remarque … Il est traité comme tous ses collègues et je ne peux pas en dire autant de moi qui dans un autre secteur .. La restauration ai eu droit à tous les clichés homophobes … Sans que mes employeurs successifs ne lèvent le petit doigt !
    Frederic

  2. Sophie

    Guillaume, vu ce contexte qui impactait directement sa vie professionnelle n’aurait -il pas pu faire valoir son droit de retrait, ce qui lui aurait permis de ne pas se rendre au travail si il était agressé et menacé, et de protéger son emploi?
    solidarité, l’attitude d-habitat 76 est innommable!

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