22 septembre 2017

Interview : Sébastien Monod, romancier

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(article publié le 6 octobre 2009)

Sébastien Monod, normand de 37 ans vivant à Rouen est auteur de nombreux romans. Il n’est pas catalogué auteur gay même si la question fait partie de son décor. GAYVIKING l’a rencontré…

GAYVIKING : A quel âge as-tu été passionné par l’écriture et pourquoi ?

Sébastien Monod : Je dis souvent que j’ai commencé à écrire à l’âge de six-sept ans. Ce n’est pas une plaisanterie car dès que j’ai su maîtriser l’écriture et le dessin, je me suis amusé à griffonner des feuilles, après les avoir découpées et agrafées, puis à rédiger et à mettre en images des petites histoires. C’était surtout mes grands débuts dans le journalisme ! Mais c’est vrai que l’envie de raconter était déjà présente. Les vrais premiers textes littéraires sont nés à l’âge de quatorze ans. Des poèmes, j’en ai écrit des centaines, avant de me mettre aux nouvelles et d’essayer le roman. On pourrait croire que les écrivains sont des passionnés de lecture, ce n’est pas forcément vrai. En ce qui me concerne, je lisais un peu, mais pas énormément. Pour répondre au « pourquoi » de la question, je dirais que si je me suis mis à écrire, c’est surtout par nécessité : enfant réservé, je n’avais aucun autre moyen de communiquer que l’écrit.

GAYVIKING : Que recherches-tu dans l’écriture ?

Sébastien Monod : Aujourd’hui, adulte, l’écriture est toujours un besoin vital, j’ai l’impression de ne pas être vivant quand je ne produis rien : les temps post-rédaction sont comme des petites morts. Au-delà de l’anecdote, le besoin d’écrire est réellement impératif, c’est même de l’ordre de l’addiction. Je recherche un espace de liberté totale, une zone de non-droit où les seules contraintes sont techniques : orthographe irréprochable et erreurs grammaticales limitées. Le reste m’appartient : dans cette zone, je fais ce que je veux. Bien sûr, il y a une autre donnée, primordiale : le lecteur. J’écris des romans pour qu’on les lise et si possible qu’on n’en sorte pas indemne. Ma volonté, lorsque je me mets devant ma page blanche, est de le provoquer tout en essayant de ne pas le choquer. Beaucoup croient que ce sont les textes les plus « sérieux » qui font bouger les choses, c’est faux ! Sous une forme légère, on peut faire passer des messages de taille. Il me semble d’ailleurs qu’il s’agit d’un des (rares) points d’entente entre les philosophes Michel Honfray et XXX Finkelkrau : le roman est un gisement de thèmes philosophiques.

GAYVIKING : Est-ce un boulot à plein temps, as-tu d’autres passions et que fais-tu en dehors de l’écriture ?

Sébastien Monod : L’écriture n’est pas ce qui me fait vivre actuellement, hélas. J’ai été journaliste et je travaille aujourd’hui dans la communication dans le domaine culturel, des métiers tout aussi « précaires ». Il faut bien avouer que je n’ai jamais choisi la facilité.

2154rGAYVIKING : On ne peut pas dire que tu es un auteur catalogué « gay » car tout tes romans ne sont pas axé essentiellement sur la question lgbt même si cela fait partie du décor… est-ce volontaire ?

Sébastien Monod : Tout à fait. J’accepterais d’être catalogué « auteur gay » si j’étais un pur militant ; or, je ne le suis pas. Ce n’est pas mon but premier. Je ne veux pas dire que cela m’indiffère, non, mais seulement que j’aspire à l’ouverture plus qu’au repli. Le communautarisme est appréciable dès lors qu’il y a des revendications et que le besoin de se faire entendre est nécessaire. Je suis persuadé qu’on arrive d’avantage à faire bouger les mentalités en distillant les données positives. Dans chacun de mes romans, il y a un personnage gay, du moins un personnage qui n’est pas figé vis à vis de sa sexualité, ou plutôt de son identité. Tous mes romans, quand on y réfléchit, évoquent un cheminement identitaire. Ce que j’aime avant tout, c’est montrer qu’on n’est peut-être pas celui ou celle qu’on croit. Rien n’est figé, un être humain est une entité en perpétuel mouvement, physiquement bien entendu, mais surtout mentalement et dans sa capacité à s’accepter en tant que personne.

GAYVIKING : Où trouves-tu ton inspiration ? Dans ta propre expérience ?

Sébastien Monod : La plupart du temps, l’inspiration vient de l’extérieur : une situation observée dans la rue ou lue dans un roman et que je m’approprie. Mon dernier roman en date (non publié encore) est né d’une chanson de Pierre Lapointe, La reine Émilie ! Une partie de Rue des Deux Anges a vu le jour grâce à un fait divers que j’avais découpé dans la presse locale, une sordide affaire de fœtus congelés.

couv_sitcomGAYVIKING :  Que penses-tu de la littérature gay ?

Sébastien Monod : Je pense qu’il y a, à notre époque, de très bons ouvrages traitant frontalement ou non de l’homosexualité, ce qui n’était guère le cas – ou de façon plus sporadique – lors des décennies précédentes. Dans les années soixante-dix, la littérature « gay », encore au placard, tentait de prendre le train de la libération des mœurs. Les années quatre-vingts étaient revendicatives et pas toujours subtiles. La fin des années quatre-vingts et les années quatre-vingts dix ont été marquées au fer chaud par les années SIDA et la plupart des œuvres n’ont abordé leur histoire que par ce biais. Aujourd’hui, les homos existent, ont une visibilité, la « communauté » a pleuré ses morts et pansé ses plaies, on peut parler des homos de façon plus « généraliste » : l’homosexualité n’est plus le point de départ d’une histoire, mais une de ses composantes.

GAYVIKING : Quels sont tes auteurs favoris ?

Sébastien Monod : Parmi les contemporains, j’ai une préférence pour les romans de Philippe Besson, Amélie Nothomb, Gilles Leroy ou Armistead Maupin. J’attends avec une impatience non contenue le deuxième roman de Jean-Baptiste Del Amo, son Éducation libertine m’avait bouleversé. Parmi les classiques, j’apprécie la virtuosité de la langue chez Flaubert, le sens du récit chez Maupassant, le réalisme et les grandes fresques humaines de Balzac et de Zola, sans oublier Marguerite Duras qui n’a pas son pareil pour évoquer avec subtilité les grands espoirs, les rêves fous et les amours improbables.

annataimeGAYVIKING : Tu sors un nouveau roman, tu peux nous en dire quelques mots… ?

Sébastien Monod : Anna t’aime est un roman « de jeunesse » écrit il y a une petite dizaine d’années et que j’avais enfermé dans un tiroir. À l’occasion d’un concours national dont le thème était « Reflets de femmes », j’ai jugé qu’il était grand temps de lui faire prendre l’air et je l’ai envoyé, mais sans plus de conviction. Ma surprise a donc été immense de le voir figurer dans les dix premiers sur plus de trois cents textes ! Certes, il n’a pas gagné le prix, mais il s’est fait remarquer, ce qui lui a permis d’être publié. Dans ce roman, il est question du parcours d’une femme folle amoureuse d’un jeune et beau gymnaste, slave d’origine, prénommé Dragan… un parcours semé d’embûches et pas des moindres car celui-ci lui avoue qu’il n’aime que les garçons. Commence pour Anna, mon héroïne, un long processus pour le convaincre qu’il fait erreur, puis que c’est peut-être elle qui fait fausse route. Mais c’est sans compter sur l’obstination d’Anna qui l’aime d’un amour irraisonné, mais quel amour ne l’est pas ?

GAYVIKING : Un dernier mot ?

Sébastien Monod : Je suis assez bavard, donc je ferai court en disant simplement que l’année 2009 est un très bon cru pour moi : trois romans publiés chez deux éditeurs différents, on ne peut guère rêver mieux ! Je conseille à ceux qui le souhaitent d’aller se balader sur mon site (www.sebastienmonod.com) pour découvrir ces autres romans (Sitcom, aux Éditions Textes Gais et Donnez-leur le repos éternel, aux Éditions Publibook).

Sélection Livres :

SITCOM « Il est des hasards et des coïncidences… Julia, Betty, Gaël et Maxime sont trentenaires, tous à la recherche de quelque chose. L’amour, la gloire, un emploi ou une nouvelle vie. Ces quatre-là vont se croiser à Paris, carrefour de tous les rêves et de toutes les convoitises. Tous aussi différents les uns que les autres, ils vont pourtant finir par faire un bout de route ensemble. » (Editions Textes Gais)

ANNA T’AIME « Dragan, cet irrésistible gymnaste d’origine macédonienne, ce sportif à se faire damner toutes les saintes que la Terre ait portées, Lisa l’a aussi dans la peau. Toquée de lui, pensant à lui jusqu’à l’overdose, la chorégraphe se heurte pourtant à quelques obstacles de taille : tout d’abord la relation amicale que tous deux entretiennent, mais surtout ces insinuations véhiculées par l’éphèbe qui prétend être homosexuel. » (Editions Publibook)

 



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