17 août 2017

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Témoignage : les trans en Normandie, la dernière lettre oubliée…

(article publié le 5 avril 2012)

La lettre T demeure la lettre la plus souvent oubliée du monde LGBT (Lesbienne, Gay, Bisexuel, Trans) : dans les établissements, dans les associations, dans les politiques menées au niveau local… De l’incompréhension sur cette lettre car beaucoup d’inconnues sans doute par manque d’informations. Un peu comme la peur face à ce « monde » que l’on ne connaît pas ou que l’on ne  veut pas connaître. La question T n’est pas seulement à Paris. En Normandie aussi elle existe, beaucoup de jeunes et de moins jeunes ont le besoin d’exprimer leur identité, se cherchent, se découvrent.

Nous préférons écrire la question T car sous cette lettre, il y a de nombreuses définitions… Pour mieux comprendre, Gaynormandie donne la parole à Andréa et Lydia. Elles ont mis en place sous l’égide de la fédération d’associations, La Maison des Diversités (Centre LGBT de Normandie), un groupe d’écoute pour ceux et celles qui recherchent une oreille attentive ou pour se retrouver tout simplement.

En préambule elles nous détaillent les termes un peu barbares que l’on peut croiser, lorsque l’on parle de transsexualisme… la fameuse lettre T :

« Transsexuel(le) : Le transsexuel est un homme dans le corps d’une femme. La transsexuelle est une femme dans le corps d’un homme. C’est une sorte de conflit entre le genre, qui est le sexe psychologique (en gros), avec le sexe physique et son rapport à la société. la personne transsexuelle peut avoir recours à un traitement hormonal pour changer son corps, ainsi qu’a diverses opérations chirurgicales. la personne transsexuelle ne choisit pas de changer de sexe, c’est une nécessité. Il n’y a bien sûr, aucun lien avec l’orientation sexuelle.

Travesti(e) : le/la travesti(e) est une personne qui se défini clairement dans un genre donné, mais qui a parfois des envies d’assumer, publiquement ou non, sa virilité ou sa féminité, en portant les vêtements du sexe opposé, pour en adopter les codes et reconnaissances sociales. Je précise qu’il n’y a pas de lien avec les rapports sexuels, comme on l’entend souvent. Une personne travestie, ne se travesti pas dans un but sexuel.

Intersexué : Il est celui que l’on nomme parfois « hermaphrodite », soit une personne née avec les deux sexes. Actuellement encore, on le considère comme une maladie, et il est souvent demandé aux parents de choisir le sexe de l’enfant à la naissance. En réalité, l’intersexué se ressent le plus souvent comme appartenant aux deux sexes, simultanément ou alternativement, et lorsque le sexe a été choisi à la naissance et qu’une ablation de l’autre a été pratiqué, il n’est pas rare que l’intersexué se sente mutilé. »

GAYVIKING : Il est vrai que le « T » de LGBT est souvent oubliée par les associations… ? Est-ce volontaire de leur part ou est-ce un manque d’information ou de réponse à apporter … ?

Andréa : Malheureusement… oui, le T est parfois oublié. Les associations ne sont pas à blâmer, c’est plutôt du à un manque d’informations ou de représentants trans’. Pour ma part, j’ai pris contact avec diverses associations LGBT lorsque le voulais m’assumer en tant que trans, et la plupart je connaissait du sujet que les a-priori, ce qui n’est pas très engageant.

Lydia : Effectivement le T est souvent absent des associations. En ce qui concerne les travestis, ces derniers se sentent souvent fautifs, coupables voire anormaux. De ce fait, ils refoulent, cachent ce côte d’eux. Ce n’est donc pas, je pense, un manque d’information des associations LGBT mais plûtot les idées reçues et les préjugés qui sont à casser, une fois cela fait, chacun(e) pourra s’épanouir beaucoup plus sereinement.

GAYVIKING : La Normandie présente-t-elle des structures adéquates pour accueillir les trans ?

Andréa : Je ne peux pas répondre non, ni oui. S’il en existe, en tout cas, je ne les connais pas. Mis a part certaines associations locales où l’on peut venir dialoguer en toute tranquillité tout en sachant que l’on ne sera pas jugéE.

Lydia : Malgré de nombreuses recherches, je n’ai pas réussi a trouver, localement, une associations pouvant nous accueillir, c’est pour cela qu’après avoir contacter la MDD nous avons decidées, de créer une dynamique pour les trans.

GAYVIKING : En quoi consiste la création de ce groupe trans en Normandie au sein de la MDD ?

Andréa & Lydia : Nous avons différents buts à mettre en place, trop peut-être pour nos frêles épaules… A vrai dire l’idée de base était de créer un groupe de discussion au sein duquel tout le monde intéressé par cette thématique, que ce soit les trans, travs, leurs proches, ou toute personne amicale, serait la bienvenue. Nous souhaiterions ouvrir la discussion, aider les jeunes et les moins jeunes en leur expliquant bien qu’il n’y a aucune honte, les aider dans leurs démarche, leur conseiller des professionnels, etc.

GAYVIKING : Pourrait-on dire que l’homophobie est plus présente envers les trans qu’envers les gays ou lesbienne ?

Andréa : Alors, pour les trans, on parlera plutôt de transphobie. Pour ne pas avoir vécu moi même d’actes transphobes, je ne peux pas témoigner. Cependant, quelle qu’en soit l’occurrence, les actes transphobes sont souvent bien plus violents que les actes homophobes (blague à part, on peut peut-être dire que la transphobie est instaurée en vertu d’état puisqu’ils nous mettent encore des bâtons dans les roues). Je dirais tout de même que l’homophobie est plus présente que la transphobie dans la vie de tous les jours. On entend plus souvent des insultes homophobes que des insultes transphobes. Cela est peut-être lié au fait que l’homosexualité est plus répandue que le transsexualisme.

Lydia : A la différence d’Andréa, je peux choisir mes moments de féminité, mes lieux de sorties et mes accompagnateurs (ou trices) de sorties, de ce fait, je n’ai pas encore connu d’actes transphobes. A ma grande surprise, par rapport à ce que j’imaginai avant de sortir au grand jour, les regards ressentis sont plûtot complices et positifs que négatifs

GAYVIKING : Concrètement qu’elles sont les difficultés que rencontrent les trans ?

Andréa : La première difficulté est la même que celle des homosexuels : la prise de conscience. Peut-être est-elle même plus difficile parce que le sujet est plus dur à cerner. Ensuite vient le coming-out auprès de la famille. Après, il y a les difficultés plus technique : il faut aborder le sujet avec son médecin traitant, qui n’est pas toujours très compréhensif, pour qu’il nous renvoie vers un psychiatre (que vous pouvez choisir !). Il faudra ensuite lui faire entendre que vous n’êtes pas psychotique mais bien tout à fait normalE, ce n’est pas forcément chose aisée.

Et enfin, c’est sans doutes la plus grande difficulté, l’argent. Changer de sexe coute cher. Si les visites chez les médecins spécialistes sont payées par le protocole ALD, les soins paramédicaux tels que le rééducation vocale ou l’épilation au laser ne sont pris en charge qu’en (petite) partie, et les frais de justice pour les changement de prénom et d’état civils ne sont pas gratuits non plus. Une de mes amies s’est aussi vue refuser un changement d’état civil, d’homme vers femme, parce qu’elle était mariée à une autre femme. Le changement aurait abouti à un mariage homosexuel, ce qui n’est pas tolérable pour nos têtes pensantes.

Lydia : La première étape pour les travestis est la même que pour les transexuel(le)s : savoir qui nous sommes. Beaucoup s’arrêtent là et le vivent en cachette de peur de perdre leur femme, leurs enfants ou leurs amis. Peu arrivent à vivre leur travestissement sereinement tout en le dissimulant à leurs proches. La dernière difficulté est de passer outre sa peur et sortir, vivre, avoir une vie sociale comme toute femme.

GAYVIKING : Quels sont les droits que demandent les trans ?

Andréa : Nous ne demandons rien de très compliqué : la liberté et l’égalité. Le changement d’état civil (homme vers femme, ou femme vers homme) gratuit, sans obligation de divorce ; ainsi que le changement des prénoms facilement, pour un respect de notre vie privée. Nous voulons que le transsexualisme soit intégré aux motifs de discrimination, pour garantir nos droits les plus inaliénables. Et le retrait du transsexualisme des nomenclatures médicales – après tout, nous ne sommes pas malades.

Lydia : Rien de plus compliqué que de pouvoir vivre telle que nous avons envie, sans avoir à craindre quoique ce soit. Juste que les personnes ignorant tout du problème de genre, trouvent cela naturel : le chemin sera long !!!!!!

GAYVIKING : Combien y a-t-il de trans en France ?

Andréa : Il est difficile de répondre. Il y a beaucoup de trans qui s’ignorent, et beaucoup qui refusent de l’avouer. En 2005 en enquête donnait une personne sur 100.000 transsexuelle, mais pour avoir croisée la route de plusieurs trans à Caen même, je pense que ce chiffre est faux.

Lydia : En ce qui concerne les travestis, les chiffres varient aussi beaucoup (parfois du simple au centuple). Tous comme les transexuel(les), il y a ceux qui le refoulent. De plus, le terme travesti désigne communément un homme qui s’habille en femme mais je suis convaincue qu’une travesties existe mais que ces dernières ayant moins de problèmes pour vivre leur masculinité au quotidien (quelle rêve de pouvoir vivre homme ou femme au choix selon les journées !!!). En effet, les femmes masculines dans la rue sont assez fréquentes par rapport aux hommes féminins. Le mot travesti me gène beaucoup de part sa connotation. De plus il n’est pas inter-genre. Je préfère le néologisme bigenre pour nous décrire .

GAYVIKING :  Un dernier mot ?

Andréa&Lydia : Nous avons été, peut-être, un peu longue, désolée. Merci du soutien que vous portez à notre projet. N’hésitez pas à rentrer en contact avec nous pour tout renseignements, questions ou éclaircissements supplémentaires.

GROUPE TRANS EN NORMANDIE – CONTACTEZ-LES

Le but de ce groupe est de fédérer, soutenir, aider, les personnes ayant un « soucis » de genre ; les informer eux, leurs proches, ou tout autre personne intéressée, de ce que peuvent-être ces divergences de la norme liées au genre, par le biais de discussions autour de cette thématique : n’hésitez pas à contacter Andréa & Lydia au sein de la Maison des Diversités- MDD (Centre LGBT – fédération d’associations LGBT en Normandie) : lydiaetandrea@gmail.com

DECOUVREZ – SELECTION VIDEO

Voici le témoignage de Florian qui explique son parcours, ses opérations. Un superbe reportage. Un autre regard sur la question.(docu : france4)

 

POUR ALLER PLUS LOIN SUR LE WEB…

– association nationale Transgenre (anciennement trans-aide) (cliquez ici)

– transidentité – site d’informations (cliquez ici)

– Forum i-trans (cliquez ici)

– Rue89 – transexualisme dans l’actualité (cliquez ici)

 

 

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3 commentaires

  1. Deirdre

    Bonjour,
    Pour ce qui est de l’hôpital Foch, je suis suivie depuis le 19 Mars 2014 soit 2 ans et 4 mois.
    Mars le psy est un véritable Nanard. J’ai essayé de voir un autre psy ici, à Rouen, mais raté il
    me renvoie voir Nanard.
    Je crois que je vais commencer les hormones seule, c’est dangereux, je sais.
    Eviddemment il n’y aura pas d’opération, sauf si Thaïlande , ils parlent anglais mas cela ne me dérange point.
    Deirdre.

  2. Pwassonne

    Je croyais qu’on disait transsexualité et pas transsexualisme, pour éviter la connotation « mouvement idéologique » ? Oo

  3. Bellée

    3 années de « procédure » a l’hopital Foch…une transition raté.. mais un mal être persistant, a jamais…mais chuuut !! je partirais avec mon secret…

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