13 décembre 2017

Alerte sur Rouen : l’épidémie d’hépatite A continue chez les gays. Infos et conseils.

épidémie hépatite A(article publié le 5 décembre 2017)

Les autorités sanitaires sont inquiètes. L’épidémie constatée début 2017 notamment sur l’agglomération de Rouen reprend et semble s’intensifier. Depuis le début de l’année, comme beaucoup de régions en France, la Normandie est touchée par une épidémie d’hépatite A. L’Autorité Régionale de Santé (ARS), les partenaires publics et les associations de santé sexuelle sont en alerte. Le public gay et bisexuel est en première ligne. Pour enrayer la propagation du virus, une campagne de dépistage et de vaccination gratuite est de nouveau mise en place. Cette campagne s’étalera de décembre à janvier. Le vaccin contre l’hépatite A est sans danger… vaccinez-vous !

Interview

Rencontre avec le Docteur Stéphane Erouart du pôle veille et sécurité sanitaire à l’Agence régionale de santé de Normandie. Il répond à nos questions sur cette épidémie.

 

GAYVIKING : L’ARS constate de nouveau une forte recrudescence d’hépatite A sur la région. Quelle est la situation, quels sont les chiffres aujourd’hui ?

Docteur Stéphane Erouart : Depuis le début de l’année 2017, l’Agence régionale de santé de Normandie observe un nombre anormalement élevé de cas d’hépatite A dans la région (il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire). Les épidémiologistes de la cellule régionale de Santé publique France ont analysé cette situation et mis en évidence une épidémie touchant principalement les personnes gays et bisexuelles de l’agglomération de Rouen. Le point de départ de cette épidémie est probablement européen, car la même souche du virus de l’hépatite A a été repérée auparavant dans d’autres pays d’Europe, toujours dans la communauté gay.

En France, la plupart des régions ont été concernées par cette épidémie, surtout durant le printemps et l’été 2017. En Normandie, il y a eu deux vagues épidémiques, la première au printemps 2017, la seconde depuis la fin de l’été. Au total, depuis le début de l’année, il y a eu plus de 100 cas en Normandie dont environ 80 en Seine-Maritime. Normalement on n’observe qu’une dizaine de cas par an dans la région, souvent des gens revenant de voyage de l’étranger. La majorité des malades sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et sont domiciliés dans l’agglomération de Rouen.

 

Cas d'hépatite A en France

 
GAYVIKING : Pourquoi cette augmentation alors qu’une campagne avait été lancée en mars dernier sur l’agglomération rouennaise ?

Dr Erouart : Lors de la première vague épidémique au printemps dernier, une campagne de vaccination a été menée pendant un mois auprès de la communauté gay et bisexuelle de l’agglomération rouennaise, en partenariat avec les associations AIDES et Enipse, le Conseil départemental de Seine-Maritime et le CHU de Rouen. Des séances de vaccination spécifiques ont été proposées dans les CeGIDD (centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles, du VIH et des hépatites virales), les centres médico-sociaux (CMS), les locaux de l’association AIDES et dans un camion mis à disposition par l’association AIDES posté devant un sauna volontaire pour permettre à la population de se faire vacciner. Un peu plus d’une centaine de personnes ont ainsi pu bénéficier du vaccin.

Malheureusement, le nombre de personnes vaccinées était insuffisant pour enrayer l’épidémie, et une seconde vague épidémique est apparue en été. Par ailleurs, lors de la première campagne de vaccination, la communication a surtout insisté sur le risque de transmission au cours d’un rapport sexuel et pas assez sur le risque de transmission par les mains. En effet, le virus de l’hépatite A se transmet comme une gastro-entérite, et l’hygiène des mains est fondamentale pour éviter que le malade ne contamine son entourage. La vaccination de l’entourage peut également lui éviter de développer la maladie si elle est réalisée dans les deux semaines après l’exposition, la maladie mettant 4 à 6 semaines pour apparaître.

 
GAYVIKING : En quoi les cas d’hospitalisation sont graves ?

Dr Erouart : L’hépatite A n’est généralement pas très grave mais provoque chez l’adulte une perturbation du foie : fatigue, troubles digestifs, fièvre et ictère (coloration jaune des yeux, urines foncées, selles décolorées) sont les signes les plus courants. L’altération du foie et la fatigue peuvent nécessiter une hospitalisation et entraîner une convalescence de plusieurs semaines. Dans le pire des cas, mais heureusement rarement, le foie est quasiment détruit : c’est l’hépatite fulminante. Dans ce cas, il faut parfois une greffe de foie en urgence pour sauver le patient. J’ai discuté dernièrement avec un biologiste qui me disait que trois cas sont survenus cette année en France en lien avec l’épidémie actuelle, sans qu’il y ait eu besoin de greffer. Il faut savoir que si aucun foie n’est disponible pour une greffe en urgence, le patient peut décéder de l’hépatite A. Pour une maladie à prévention vaccinale, ce serait vraiment dommage.

 
GAYVIKING : Comment se faire vacciner, y’aura-t-il assez de vaccins ?

Dr Erouart : Oui, il y aura assez de vaccins pour tout le monde. L’Agence régionale de santé surveille les stocks hospitaliers et les réapprovisionne en tant que de besoin. Il y a eu une pénurie de vaccins en début d’année, mais cette pénurie se termine. Pour l’instant, le vaccin est encore difficile à trouver en pharmacie de ville, c’est pourquoi les personnes qui souhaiteraient passer par leur médecin traitant pour se faire vacciner auront du mal à y arriver en 2017. La situation devrait revenir à la normale en 2018. Par contre, le ministère de la santé a fait des réserves pour les hôpitaux et les centres de vaccination et l’ARS de Normandie finance des stocks régionaux pour la campagne de vaccination. Il est donc possible de se faire vacciner dès à présent dans les CeGIDD ou les centres médico-sociaux (lieux, voir plus bas dans l’article). Dans ce cas, la vaccination est gratuite. Enfin, en décembre 2017 et janvier-février 2018, des séances de vaccination gratuites seront réalisées dans les locaux d’AIDES (11, 18, 19 et 22 décembre) et devant un sauna volontaire (fin janvier début février). Les dates et horaires précis seront annoncés sur les sites Internet de l’ARS, d’AIDES et d’Enipse, via Facebook et par messages pop-up sur des applications de rencontre (24h avant chaque séance).

Pour la vaccination dans les locaux habituellement dédiés (CeGIDD, CMS), vous devrez d’abord faire une sérologie avant le vaccin. Il s’agit d’une prise de sang pour vérifier si vous n’êtes pas déjà immunisé contre la maladie. En effet, il est possible d’avoir eu une forme asymptomatique, c’est-à-dire silencieuse, de la maladie, auquel cas il n’y aurait pas besoin de vous faire vacciner. Par contre, si vous n’êtes pas immunisé, vous pourrez vous faire vacciner pour vous protéger.

Pour la vaccination en dehors des locaux habituels, la vaccination vous sera proposée directement.

 
vhaGAYVIKING : Par le passé, le grand public avait eu connaissance des problèmes de vaccination liée à l’hépatite B. En quoi est-ce différent pour l’hépatite A aujourd’hui, ce vaccin est-il sans danger ?

Dr Erouart : Les hépatites A et B sont des maladies complètement différentes, elles sont dues à deux virus bien distincts. Leur seul point commun est qu’elles provoquent une atteinte du foie, c’est tout. Mais les personnes concernées se posent souvent la question car la confusion est facile quand on ne connaît pas bien le domaine.

L’hépatite A est due à un virus résistant dans l’environnement qui circule surtout grâce à l’eau. L’hépatite B se transmet par voie sanguine et sexuelle. C’est une maladie aiguë qui ne peut pas devenir chronique comme l’hépatite B. Passée la maladie, la personne est immunisée pour de nombreuses années. Quant au vaccin, il est très bien supporté et il apporte une protection pendant au moins 10 ans. Il est recommandé depuis longtemps chez les voyageurs qui partent en pays endémique et son utilisation n’a jamais posé de souci. Bien entendu, la vaccination contre l’hépatite A ne protège pas contre l’hépatite B et inversement.

Pour ma part, je n’ai jamais entendu de polémique sur le vaccin contre l’hépatite A. Au contraire, c’est un vaccin plutôt apprécié des baroudeurs car il est fortement recommandé dans certains pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du sud. Par ailleurs, j’ai participé il y a quelques années à une campagne de vaccination contre l’hépatite A dans une communauté des gens du voyage à Rouen où le vaccin a été utilisé avec succès notamment chez les enfants. C’est donc en toute confiance que je recommande aujourd’hui l’utilisation de ce vaccin.

 
GAYVIKING : Souhaitez-vous ajouter d’autres informations ?

Dr Erouart : Je voudrais souligner le soutien très important que nous ont apporté les associations dans cette campagne : AIDES, Enipse et Médecins du monde qui nous a rejoint cet automne, ainsi que le gérant du sauna qui a permis la vaccination devant son établissement. Nos partenaires institutionnels ont également répondu présents : le Conseil départemental 76, le CHU de Rouen et la Cire Normandie (Santé publique France en région). Enfin nous avons pu bénéficier d’une couverture médiatique spécialisée grâce notamment à Gayviking que je remercie.

Je crois que la mobilisation en Normandie a été vraiment forte pour expliquer la situation et permettre à chacun de se protéger. J’espère que les personnes qui se sentent ou se savent concernées se vaccineront suffisamment pour éviter que survienne une troisième vague épidémique. La vaccination préventive, l’hygiène des mains et la vaccination autour des malades sont les trois clefs pour stopper rapidement le virus. Je pense que nous avons réussi à offrir aux personnes gays et bisexuelles de l’agglomération de Rouen une vraie opportunité pour se protéger contre l’hépatite A et protéger leurs proches. A vous maintenant de la saisir.


 

Où se faire vacciner ?

Habituellement payante, la vaccination sera gratuite pendant cette période et dans le cadre de cette opération exceptionnelle. Pour connaître les heures de permanence, téléphonez au préalable dans un CeGIDD ou Centre de vaccination dont la liste est ci-dessous.

Lieux de vaccination en Normandie (à Rouen et autres villes, source ARS) :

Autres dates de vaccination sur Rouen : 

  • Local chez Aides à Rouen (23, rue du Fardeau à Rouen – tel. 02.35.07.56.56.) : les 11, 18, 19 et 22 décembre 2017.
  • En janvier/février 2018 : dans un établissement gay volontaire (date à venir).

 

Liens utiles…

hepatites-info-service
vaccination info service
Agence Régionale de Santé Normandie
Association Aides Normandie
Association Enipse

 

 

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