Valérie de Safe Way à Cherbourg

Article publié en novembre 2007

Quand Gayviking a été créé en 2002, un des premiers mails associatifs venait de loin… de Cherbourg du nom de Valérie pour l’association Safe Way. Cette interview m’a fait découvrir une fille débordante de courage et de ténacité avec toujours un brin d’humour. Depuis bientôt 10 ans, Valérie tient les cordes d’une superbe association SAFE WAY. Respects ! Interview de Valérie, Présidente fondatrice de l’association « SAFE WAY » sur Cherbourg.

Valérie de Safe Way à Cherbourg

Gayviking : Valérie, présentes-nous l’association Safe Way à Cherbourg et ce que tu y fait ?

Valérie : L’association Safe Way est l’association de Lutte Contre le Sida de la Manche.

Les buts en sont l’information sur les I.S.T (infections sexuellement transmissibles ), en particulier le V.I.H et les Hépatites; la réduction des risques;le soutien aux personnes touchées et l’information Toxicomanie. Nous faisons des campagnes d’information, des stands dans les manifestations festives, des interventions en milieu scolaire et formatif, et tout projet nous permettant de faire passer l’information au plus grand nombre.

J’en suis la présidente fondatrice. C’est à dire qu’en gros je fais la même chose que les membres avec de l’administratif et les réunions de professionnels en plus, que je me réserve les cas les plus grave aux vues de mon expérience , et qu’en cas de souci c’est moi qui finirais les menottes aux poignets (rire)

Valérie de Safe Way à Cherbourg

Gayviking :  Depuis combien de temps  milites tu à Safe way ?

Valérie : J’ai fait mes premières armes en tant que responsable prévention de l’antenne de cherbourg des “Enfants Terribles, en 1996. AIDES basse normandie venait d’être dissoute. Je devais me conformer aux recommandations de Caen, et rapidement j’ai ressenti le désir de faire évoluer mon champ d’action aux hétéros et aux toxicomanes, ce que ne permettait pas mon poste.

J’ai donc contacté deux amis qui étaient formés aussi à la prévention et nous avons créé SAFE WAY en 1998. Je milite depuis lors et je n’ai pas encore trouvé de personne aussi forte et folle que moi pour reprendre ce poste, alors je pense être là pour encore un bout de temps.

Gayviking :  Le champ d’action de l’association déborde t’il le cadre de Cherbourg ? Couvrez-vous le reste du Département ?

Valérie : Pour ce qui est de l’intervention en prévention nous agissons physiquement surtout sur la Communauté Urbaine. Mais nous fournissons du matériel sur demande sur la Manche car, rappelons-le, nous sommes tous bénévoles et ne pouvons nous multiplier. Par contre, pour ce qui est du soutien aux malades, nous parcourons tout le département, cela reste une priorité pour nous d’être proche de ceux pour qui nous luttons.

“Les idées communes rapprochent…”

Gayviking : Comment sont les relations avec les établissements disons gay/gayfriendly sur Cherbourg et dans la Manche ?

Plutôt bonnes, les idées communes rapprochent les êtres, lorsqu’on sait se faire apprécier. Nous avons été en étroite collaboration avec le Space boys (G.F) sur de nombreuses opérations de prévention, le Cruising (G [fermé à ce jour]) nous a accueilli pour le Sidaction et fonctionnait avec le SNEG. On peut dire que leur engagement pour la tolérance et celui pour la prévention allaient de paire. Pour ce qui est du Freedom café nous avons fait quelques opérations il y a des années, je ne sais pas s’il adhère encore au SNEG…

D’autres établissements non siglés nous ont aussi ouvert les portes, tant pour la prévention des I.S.T que celle sur l’homophobie.

Safe Way à Cherbourg
Olivier, Sophie, Jean-mi, et Etienne

La personnalité de nos membres et des années de connaissances du milieu cherbourgeois nous permettent de communiquer plus facilement sur ces sujets. La rue de la Paix nous a toujours bien accueillie et je dirais que nous avons “grandit” ensemble. Le Badi Badan et le Crabe Tambour furent nos premiers hôtes et aujourd’hui nous pouvons compter aussi sur le Néo (G.F) et le Requin Marteau. La Manche est pauvre en endroits gays/gays friendly. Dans le sud Manche je connais en tant que cliente des établissements qui sont tout à fait agréables , après, c’est comme tout, la cohésion entre établissements ne se fait pas forcément mais chacun suit son bout de chemin.

Gayviking : Et avec les autres associations mais aussi les autorités locales, comment cela se passe t’il ?

Valérie : Nous travaillons avec Aides, Solidarité Sida, Sidaction, Sida Info Service, le Crips , de manière régulière. Nous participons aux réunions nationales tant que faire se peut et nous y sommes bien accueillis.

Localement, nous collaborons avec le service solidarité de la ville de Cherbourg, dont Mr Gerves qui nous a beaucoup soutenu toutes ces années. Pour ce qui est de la position globale de la mairie : ni plus ni moins soutenus que d’autres, on nous permet de faire notre travail, c’est déjà bien.

“les retombées sont positives…”

Lorsque nous étions très actifs sur les lieux de drague, les relations avec la police municipale furent parfois houleuses, comme dans beaucoup d’autres villes. Mais j’ai été à bonne école et nous sommes toujours arrivés à nos fins. Nous travaillons sur des projets ponctuels avec des structures diverses .Les associations de jeunes sont de plus en plus actives dans notre domaine et en général tout le monde est plutôt avide d’informations.

Notre volet Lutte contre l’Homophobie prend de l’ampleur et après une première vague d’infos sur la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, les retombées sont positives. Pour ce qui est de le lutte contre le V.I.H en particulier, une structure statutairement habilitée existe uniquement à l’aide aux professionnels. La personnalité de certains empêchent la collaboration concrète et chacun mène sa barque, statut-quo….Aucun souci d’accueil avec Caen (calvados), la ville la plus proche où se situe un CHU et trois associations.

Safe Way à Cherbourg

Gayviking : Que penses-tu de la vie gay à Cherbourg et en Normandie (département de la Manche et et plus largement dans notre région) ?

Valérie : De plus en plus de jeunes sont visibles , même dans des établissements non siglés.C’est plutôt bon signe. Je regrette que le Cruising ai été contraint de  se fonder en association. Le combat mené par Jean-Claude et Cathy avec l’Arc en ciel à Caen avait été long et courageux. Je ne sais pas quand ce type d’établissement pourra avoir pignon sur rue ici.

“les quolibets des beaufs…”

On manque de bars gays à Cherbourg comme dans toute la manche, zone sinistrée par de nombreux aspects. Mais le vrai combat est ailleurs. Le jour où l’on  ne subira plus les quolibets des beaufs de base en tenant son compagnon ou sa compagne du même sexe par la main  dans n’importe quel bar, on aura  fait un grand pas. Il en restera toujours au moins un pour confirmer la règle, mais pour l’instant les insultes fusent encore trop facilement à mon goût. Les nuits gays bougent plus dans d’autres villes. Ne nous plaignons pas de ce que nous ne savons pas acquérir. Battons nous pour que cela évolue, c’est plus sain.

Gayviking : Il y a un certains nombre de plages gays dans la Manche. Verra t’on un jour une association distribuer des préservatifs sur la plage ?

Valérie : Nous l’avons déjà fait et le ferons de plus en plus, après c’est avant tout une question de bénévoles disponibles. Aussi nous ne pouvons que vous inviter à rejoindre nos rang !!! Je fournis la crème solaire !!

Gayviking :  Quelle a été ta plus grande joie à SafeWay ?

Valérie : La seule chose qui me pousse à continuer depuis 12 ans, même lorsque je me coltine des réunions de professionnels improductives, même quand on me met des bâtons dans les roues, même quand je suis fatiguée, même quand je compte ceux que je ne reverrais plus, c’est le bonheur de respecter mes principes et de me battre pour ce en quoi je crois. Mais aussi pour convaincre les gens de protéger leur vie et d’alléger la peine de ceux qui souffrent, c’est ça ma plus grande joie. Sinon c’est aussi quand on est tous fatigués après une opération et que j’arrive encore à faire rire l’équipe avec une  blague idiote, cela n’a pas de prix….

Gayviking : Quel est votre programme dans les prochaines semaines ?

Valérie : Continuer nos actions de formation car tout bénévoles que nous sommes, nous devons d’être toujours à la pointe des compétences; refaire des opérations d’auto-financement car c’est le nerf de la guerre; et préparer un premier décembre actif.

Gayviking : D’après toi, aura t’on un jour une gaypride à Cherbourg ?

Valérie : Contactez moi je fais chauffer le char !!! Blague à part, je n’y crois pas trop, nous n’avons pas assez d’établissements pour une telle organisation .

Gayviking :  En terme de prévention quelle tendance observes-tu ? Les gays et lesbiennes sont-ils toujours aussi safe ?

Valérie : Depuis notre participation aux états généraux de AIDES sur l’homosexualité en 2002 et avec le bilan des diverses réunions nationales auxquelles je me rend, je ne suis pas vraiment sûre que les choses ai évolué.

La langue de bois n’étant pas mon fort, je te répondrais franchement : avec bientôt 12 ans de pratique je peux te dire que  les lesbiennes n’ont jamais été globalement safe. La jeune génération tend à peine à le devenir à force de l’acharnement d’associations, de filles ailleurs, et de notre petite participation ici. L’éducation en santé sexuelle des filles lesbiennes est très dure.

Elles ont déjà une tendance à prendre différemment soin de leur santé en règle général et , en particulier, pour ce qui est du passage chez un gynéco, cet acte a été trop longtemps assimilé à un besoin d’hétéro visant une maternité. Dès lors, si elles pouvaient s’en passer, elles le faisaient.

“nous avons encore beaucoup de travail à réaliser…”

Pendant des années  les rumeurs chuchotaient que la contamination entre fille était inexistante (et les brochures étaient super mal faites! quand on dit cunni-lingus risque faible; la personne moyenne assimile risque nul). Et puis, moi qui ai connu les premières digues dentaires épaisses, goût et odeur réglisse, je peux vous assurer que tant leur utilisation que leur promotion tenait du miracle !

Pour ce qui est des garçons, les nombreux coups de fils que je reçois me prouvent qu’entre ceux qui font un test tous les trois mois au cas où,  ceux qui ne mettent rien du tout, ceux qui se protègent une fois sur 3, ceux qui se protègent pour la pénétration mais acceptent l’éjaculation faciale et la fellation no safe, enfin bref, il faut faire une statistique, c’est un beau méli-mélo… Certains ont assimilé complétement le message et d’autres l’interprètent à leur manière…. Ce qui est clair ce sont les chiffres en hausse de contamination H.I.V et la flambée de syphilis chez les gays garçons!

Plus le phénomène qui nous tombe sur la tête des “GIFT GIVERS “ dont on mettra encore trop longtemps à parler.Nous avons encore beaucoup trop de travail et manquons de monde pour ça.Le manque d’engagement se fait trop sentir.

Gayviking : Un dernier mot à ajouter?

Valérie : Juste merci à ceux qui nous soutiennent, à toi qui informe sur l’association, et que nous accueillerons avec plaisirs de nouvelles personnes motivées.

Pour aller plus loin

Safe Way à Cherbourg

Pour entrer en contact, pour aider, être bénévole, soutenir l’association….
Contacts au 06 51 12 99 57
permanences téléphoniques :
Lundi/mercredi/vendredi de 19h à 21h
Dimanche : 11h à 13h

E.mail : reflexe.kpote@hotmail.fr
Adresse internet : http://safe-way.wifeo.com

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